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Les néobanques et banques mobiles se sont multipliées ces dernières années en France et voient leur clientèle gonfler rapidement, mais pour beaucoup, la rentabilité reste encore hypothétique.

Le nombre de néobanques a triplé en France en trois ans et ces établissements mobiles et dématérialisés captent désormais 2,6 millions de clients, trois fois plus qu'en juillet 2017, révèle une étude du cabinet KPMG.

« En se focalisant sur des solutions centrées sur les services bancaires du quotidien et sur les paiements, les néobanques ont parfaitement compris comment s'adapter aux nouveaux modes de consommation », analyse Stéphane Dehaies, qui suit le secteur bancaire chez KPMG France, pour expliquer le succès de ces acteurs qui sont aujourd'hui 18 en France.

Ces banques mobiles, faciles d'accès, sans conseillers demandent peu de justificatifs pour l'ouverture de comptes et proposent des « grilles tarifaires compréhensibles » offrant un sentiment de transparence aux clients. Quatre-vingt pour cent d'entre elles proposent ainsi une offre unique, à la différence des banques traditionnelles qui ont de multiples gammes de prix.

« Les acteurs français et étrangers visent en majeure partie l'Europe, mais certaines néobanques étrangères visent déjà les marchés américains et asiatiques », ajoute Mikaël Ptachek, l'un des coauteurs de ce 2ème  « Panorama des néobanques en France ».

Les pionniers Sogexia ou Anytime ont depuis été rejoints par Orange Bank, C-Zam, émanation de Carrefour, l'allemand N26 ou Monese, porté par PayPal, et récemment Ma French Bank, la banque en ligne de la Banque Postale.

Moins chères que les banques traditionnelles (qui coûtent annuellement 71 euros), mais toujours un peu plus onéreuses que les banques en ligne (7 euros), les néobanques (16 euros) ont une « stratégie low-cost ».

« Les néobanques parviennent à générer des économies qu'elles répercutent sur leurs tarifs. Plusieurs d'entre elles ont déjà annoncé être à l'équilibre financier », décrypte l'étude.

« Contrairement aux banques traditionnelles qui cherchent à s'adresser à tous les segments de clientèle et ont des capacités financières plus importantes pour l'innovation, les néobanques n'hésitent pas à sélectionner des segments prioritaires », principalement les jeunes du millénaire ou les entrepreneurs, poursuit-elle en citant l'exemple de Revolut.

Les clients de la banque lituano-britannique, dirigée par deux Russes, utilisent ainsi une carte bancaire multi-devises, avec des taux de change préférentiels.

Les néobanques continuent toutefois de souffrir d'un déficit de « notoriété » et doivent développer leur relation de confiance, note KPMG, tout particulièrement dans un contexte de sécurisation des données bancaires et des paiements.

Leur autre grand défi s'articule autour du développement de leurs plates-formes numériques qui nécessitent de gros investissements pour rester compétitifs.

  

Modèles variés et innovants

La Banque Postale a annoncé le lancement de « Ma French Bank », son service 100% mobile « pour répondre aux nouveaux usages bancaires » et concurrencer une offre déjà nourrie de néobanques et banques en ligne.

L'offre sera proposée en ligne ou en agence au prix mensuel de deux euros et permettra, outre l'ouverture d'un compte, de bénéficier d'une carte de paiement international, d'effectuer des virements par SMS et des paiements mobiles via une application, d'avoir accès à « une cagnotte gratuite et sans commission ».

Deux services innovants seront également proposés ; « Ma Tirelire », pour paramétrer la constitution automatique d'une réserve d'argent disponible, et « Mon Extra Prêt », une ligne de crédit renouvelable versé instantanément sur le compte et remboursable sans frais.

Le groupe assure avoir testé avec succès auprès de ses collaborateurs cette offre « qui s'adresse plus particulièrement à une cible connectée, en quête d'autonomie et de services du quotidien directement sur le téléphone mobile » avant d'étendre sa commercialisation auprès du grand public.

Des assurances supplémentaires pourront être obtenues au prix de deux euros mensuels supplémentaires. Des conseillers téléphoniques du service client seront basés à Lille et opérationnels tous les jours jusqu'à 22h00 sauf le dimanche.

« On vise plus d'un million de clients d'ici cinq ans pour Ma French Bank. Si on atteint cet objectif, on aura dépassé le point mort » du seuil de rentabilité, avait expliqué mi-mai Rémy Weber, président du directoire de la Banque Postale.

Le groupe avait annoncé avoir déjà investi 100 millions d'euros dans le développement de sa banque mobile pour lui permettre de prendre pied dans ce secteur et combler une partie du retard pris sur une concurrence déjà nombreuse.

Cette offre s'ajoute à un marché dense de néobanques et établissements dématérialisés, qui ont pris leur essor depuis les années 2000 face aux transformations des banques de détail (révolutions des usages bancaires, durcissements législatifs sur les pratiques tarifaires, taux d'intérêt durablement bas).

Ce microcosme est loin d'être homogène, entre des marques (Hello Bank) ou des produits (C-Zam) sans personnalité juridique, des néobanques étrangères présentes en France via le passeport européen (N26, Revolut) ou encore des filiales de groupes bancaires.

Selon des chiffres de l'ACPR, le superviseur bancaire français, jusqu'à 6,5% des Français étaient clients fin 2017 de néobanques ou banque mobiles, soit 4,4 millions de personnes.

Les néobanques se sont distinguées en proposant l'ouverture de comptes en ligne en quelques minutes, la fourniture d'une carte de paiement en quelques jours, la possibilité de paramétrer sa carte bancaire via smartphone... Mais aussi en permettant de créer au sein d'un même compte courant différents paniers d'épargne ou de paiement dédiés à des dépenses spécifiques, par exemple des économies pour de futures vacances.

Sous leur influence, de nouveaux services similaires se sont généralisés dans les banques traditionnelles.

 

Rentabilité compliquée

Sauf exceptions, « ces nouveaux acteurs ne sont pas parvenus à dégager des résultats positifs en 2017 », relevait l'ACPR en octobre. Certains espèrent être bénéficiaires à fin 2020, mais « les incertitudes restent nombreuses quant à (leur) capacité à construire un modèle d'affaires rentable », relevait le superviseur.

La multiplication de néobanques proposant de nombreuses prestations gratuites tire vers le bas les grilles tarifaires du secteur, compliquant encore l'équation pour les banques mobiles elles-mêmes.

Alors qu'un Français sur trois, selon des estimations, possède plusieurs comptes, toutes s'efforcent de devenir la banque principale de leurs clients et d'ainsi couvrir la plupart de leurs besoins financiers, pour gonfler leurs recettes.

 

« Open banking » : Nouveau modèle de paiement

Des services financiers qui s'assemblent et se défont comme un jeu de construction? C'est la promesse de l' « open banking », concept en vogue susceptible de chambarder le monde de la banque et de faire émerger à terme des supermarchés virtuels de la finance.

Derrière l'anglicisme, une idée simple : c'est la possibilité offerte aux entreprises - financières ou non - de se connecter aux services d'une banque, de façon sécurisée, afin de développer leurs propres applications en utilisant les données des clients avec l'accord de ces derniers.

Pour les consommateurs, cette technologie ouvre de vastes perspectives : coupons de réduction personnalisés dans leurs magasins favoris, simplification des achats en ligne, obtention accélérée de crédit, conseils patrimoniaux personnalisés, etc. Le tout au terme de processus ultra-simplifiés et réalisables en quelques secondes sur téléphone mobile.

« Ce qui est fondamentalement nouveau (...), c'est la notion de données clients : savoir où sont les données du client, considérer que ces données sont la propriété du client et qu'il va pouvoir les partager », explique Sébastien d'Ornano, le directeur général de la jeune pousse spécialisée en épargne Yomoni.

Depuis plusieurs mois, le secteur se prépare à la mise en application en septembre de la « DSP2 », directive européenne sur les services de paiement qui obligera tous les établissements financiers européens à ouvrir les données de paiement de leurs clients via des « API », sortes de prises de branchement sécurisées et standardisées.

 

Les banques à la riposte

L'usage des API n'est pas nouveau : les géants américains du numérique tels que Google ou Facebook en ont notamment fait leur marque de fabrique en fédérant autour d'eux et par leur intermédiaire de gigantesques écosystèmes de services.

Beaucoup de jeunes entreprises innovantes ont par ailleurs trouvé de longue date le moyen d'accéder aux données en convainquant certains consommateurs de leur fournir leurs codes d'accès bancaires.

Mais l'entrée en vigueur de cette directive devrait permettre de généraliser la pratique et constitue en soi une petite révolution : oublié le sacro-saint secret bancaire, au nom duquel les banques ont longtemps claquemuré jalousement leurs données.

« La finalité, c'est un service financier tellement personnalisé que le client peut en bénéficier sans faire le moindre effort », affirme Svetlana Baranov, auteur d'un ouvrage sur le futur du secteur bancaire.

« Le client utilisera alors un service sans s'en rendre compte, car il sera intégré à d'autres, et son exécution sera automatisée : ce sont les bases de la finance invisible, et donc de l'idée que l'on peut faire de la banque sans les banques », ajoute-t-elle.

Cela suppose pour les établissements bancaires traditionnels de repenser leur place au sein de la finance, sous peine de perdre à terme le contact avec leurs clients à mesure que s'immiscent de nouveaux acteurs.

Les grandes banques européennes ont réagi ces dernières années en multipliant les acquisitions, en nouant des partenariats technologiques ou même en créant leurs propres plates-formes d' « open banking ».

« Le modèle économique qui émerge aujourd'hui, c'est un modèle dans lequel on vend ses propres produits, (...) on s'ouvre pour vendre les produits des autres et dans lequel on peut aussi fournir des services à d'autres », a récemment relevé Ronan Le Moal, le directeur général du Crédit Mutuel Arkéa.

À long terme, certains observateurs parient sur l'émergence de grands supermarchés en ligne de la finance, à l'image des modèles développés par l'américain Amazon ou le chinois Alibaba.

Sur ces plates-formes, les clients pourraient construire de A à Z leur propre offre de services financiers via de multiples fournisseurs et dans le cadre de parcours sans lourdeurs : un livret d'épargne chez un tel, une carte bancaire ou une assurance chez tel autre, le tout accessible et paramétrable sur une même interface.

Reste qu'en France et en Europe, « on y est encore peu », déplore Julien Maldonato, associé conseil industrie financière chez Deloitte, jugeant notamment que d'importants freins culturels perdurent au sein des grands établissements.

« Il n'y a pas encore ce sentiment d'urgence (...) Il n'y a pas une conscience que la façon de vivre le service bancaire va changer très vite et drastiquement », conclut-il.

 

Le paiement par téléphone mobile encore extrêmement marginal

L'usage des téléphones mobiles en tant que moyen de paiement pour réaliser des achats du quotidien reste « extrêmement marginal », a souligné mardi le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau.

« Le paiement par mobile, qui était annoncé comme devant peut-être se substituer rapidement au paiement par carte, reste en fait extrêmement marginal : moins de 1% des paiements sans contact », a affirmé le banquier central à l'occasion de la présentation du dernier rapport annuel de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, placé sous l'égide de la Banque de France.

« Les paiements sans contact représentent maintenant 21% des paiements de proximité et, ce qui n'était pas forcément écrit il y a quelques années, il s'agit pour l'essentiel de l'usage de la carte. (...) La carte reste la moyen de paiement ultra-majoritaire [en France], y compris avec le sans contact », a-t-il ajouté.

« C'est la preuve qu'il faut une grande ouverture technologique et laisser les Français choisir », a souligné Villeroy de Galhau.

La fraude sur les paiements mobiles est « particulièrement maîtrisée en France, à 0,03% », estime l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement. Les téléphones mobiles offrent « des capacités de sécurisation avancées des paiements et des données sensibles », mais les « dispositifs déployés ne sont toutefois pas tous équivalents en termes de niveau de sécurité atteint », souligne l'observatoire.

Celui-ci recommande par conséquent « aux acteurs de mettre en œuvre des dispositifs sécurisant l'enrôlement des utilisateurs au sein des applications de paiement présentes sur les téléphones mobiles, mais également d'identifier et prévenir les transactions à risque ».

La Banque de France se prépare à l'entrée en application le 14 septembre des dispositions de sécurité prévues par la deuxième directive européenne sur les services de paiement, dite « DSP2 », qui doit généraliser - entre autres - l'utilisation de procédures d'authentification plus musclées pour l'autorisation des paiements électroniques.

À partir de cette date, l'usage d'un seul code reçu par SMS pour authentifier une transaction ne sera plus jugé suffisant et devra être progressivement renforcé au moyen de nouvelles solutions, telles que la reconnaissance biométrique, combinées à d'autres dispositifs de contrôle.

Afin d'accompagner ce renforcement de la sécurité des transactions en ligne, l'observatoire a élaboré un plan de migration avec l'objectif d'une mise en œuvre pour une nette majorité des clients et des transactions d'ici décembre 2020 et un achèvement complet à l'horizon 2022.

 

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